Stéphane Mallarmé

 

 

Lecture
d'Oxford et Cambridge

La Musique et les Lettres

 

Text
Editionsbericht
Literatur

»   »   »
Texte zur Mallarmé-Rezeption
Texte zur Theorie und Rezeption des Symbolismus

 

          MESDAMES, MESSIEURS,

Jusqu'ici et depuis longtemps, deux nations, l'Angleterre, la France, les seules, parallèlement ont montré la superstition d'une littérature. L'une à l'autre tendant avec magnanimité le flambeau, ou le retirant et tour à tour éclaire l'influence; mais c'est l'objet de ma constatation, moins cette alternative (expliquant un peu une présence, parmi vous, jusqu'à y parler ma langue) que, d'abord, la visée si spéciale d'une continuité dans les chefs-d'œuvre. A nul égard, le génie ne peut cesser d'être exceptionnel, altitude de fronton inopinée dont dépasse l'angle; cependant, il ne projette, comme partout ailleurs, d'espaces vagues ou à l'abandon, entretenant au contraire une ordonnance et presque un remplissage admirable d'édicules moindres, colonnades, fontaines, statues, spirituels, pour produire, dans un ensemble, quelque palais ininterrompu et ouvert à la royauté de chacun, d'où naît le goût des patries – lequel en le double cas, hésitera, avec délice, devant une rivalité d'architectures, comparables et sublimes.


Un intérêt de votre part, me conviant à des renseigne[298]ments sur quelques circonstances de notre état littéraire, ne le fait pas à une date oiseuse.

J'apporte en effet des nouvelles. Les plus surprenantes. Même cas ne se vit encore.

– On a touché au vers.

Les gouvernements changent; toujours la prosodie reste intacte: soit que, dans les révolutions, elle passe inaperçue ou que l'attentat ne s'impose pas avec l'opinion que ce dogme dernier puisse varier.

Il convient d'en parler déjà, ainsi qu'un invité voyageur tout de suite se décharge par traits haletants du témoignage d'un accident su et le poursuivant: en raison que le vers est tout, dès qu'on écrit. Style, versification s'il y a cadence et c'est pourquoi toute prose d'écrivain fastueux, soustraite à ce laisser-aller en usage, ornementale, vaut en tant qu'un vers rompu, jouant avec ses timbres et encore les rimes dissimulées; selon un thyrse plus complexe. Bien l'épanouissement de ce qui naguères obtînt le titre de poème en prose.

Très strict, numérique, direct, à jeux conjoints, le mètre, antérieur, subsiste; auprès.

Sûr, nous en sommes là, présentement. La séparation.

Au lieu qu'au début de ce siècle, l'ouïe puissante romantique combina l'élément jumeau en ses ondoyants alexandrins, ceux à coupe ponctuée et enjambements; la fusion se défait vers l'intégrité. Une heureuse trouvaille avec quoi paraît à peu près close la recherche d'hier, aura été le vers libre, modulation (<dis-je>, souvent) individuelle, parce que toute âme est un nœud rythmique.

Après, les dissensions. Quelques initiateurs, il le fallait, sont partis loin, pensant en avoir fini avec un canon (que je nomme, pour sa garantie) officiel: il restera, aux grandes cérémonies. Audace, cette désaffectation, l'unique; dont rabattre..

Ceux qui virent tout de mauvais œil estiment que du temps probablement vient d'être perdu.

Pas.

A cause que de vraies œuvres ont jailli, indépendamment d'un débat de forme et, ne les reconnût-on, la qualité [299] du silence, qui les remplacerait, à l'entour d'un instrument surmené, est précieuse. Le vers, aux occasions, fulmine, rareté, quoiqu'ait été à l'instant vu que tout, mesuré, l'est: comme la Littérature, malgré le besoin, propre à vous et à nous, de la perpétuer dans chaque âge, représente un produit singulier. Surtout la métrique française, délicate, serait d'emploi intermittent: maintenant, grâce à des repos balbutiants, voici que de nouveau peut s'élever, d'après une intonation parfaite, le vers de toujours, fluide, restauré, avec des compléments peut-être suprêmes.

Orage, lustral; et, dans des bouleversements, tout à l'acquit de la génération récente, l'acte d'écrire se scruta jusqu'en l'origine. Très avant, au moins, quant à un point, je le formule: – A savoir s'il y a lieu d'écrire. Les monuments, la mer, la face humaine, dans leur plénitude, natifs, conservant une vertu autrement attrayante que ne les voilera une description, évocation dites, allusion je sais, suggestion: cette terminologie quelque peu de hasard atteste la tendance, une très décisive, peut-être, qu'ait subie l'art littéraire, elle le borne et l'exempte. Son sortilège, à lui, si ce n'est libérer, hors d'une poignée de poussière ou réalité sans l'enclore, au livre, même comme texte, la dispersion volatile soit l'esprit, qui n'a que faire de rien outre la musicalité de tout.

Ainsi, quant au malaise ayant tantôt sévi, ses accès prompts et de nobles hésitations; déjà vous en savez autant qu'aucun.


Faut-il s'arrêter là et d'où ai-je le sentiment que je suis venu relativement à un sujet beaucoup plus vaste peut-être à moi-même inconnu, que telle rénovation de rites et de rimes; pour y atteindre, sinon le traiter. Tant de bienveillance comme une invite à parler sur ce que j'aime; [300] aussi la considérable appréhension d'une attente étrangère, me ramènent on ne sait quel ancien souhait maintes fois dénié par la solitude, quelque soir prodigieusement de me rendre compte à fond et haut de la crise idéale qui, autant qu'une autre, sociale, éprouve certains: ou, tout de suite, malgré ce qu'une telle question devant un auditoire voué aux élégances scripturales a de soudain, poursuivre: – Quelque chose comme les Lettres existe-t-il; autre (une convention fut, aux époques classiques, cela) que l'affinement, vers leur expression burinée, des notions, en tout domaine. L'observance qu'un architecte, un légiste, un médecin pour parfaire la construction ou la découverte, les élève au discours: bref, que tout ce qui émane de l'esprit, se réintègre. Généralement, n'importe les matières.

Très peu se sont dressé cette énigme, qui assombrit, ainsi que je le fais, sur le tard, pris par un brusque doute concernant ce dont je voudrais parler avec élan. Ce genre d'investigation peut-être a été éludé, en paix, comme dangereux, par ceux-là qui, sommés d'une faculté, se ruèrent à son injonction; craignant de la diminuer au clair de la réponse. Tout dessein dure; à quoi on impose d'être par une foi ou des facilités, qui font que c'est, selon soi. Admirez le berger, dont la voix, heurtée à des rochers malins jamais ne lui revient selon le trouble d'un ricanement. Tant mieux: il y a d'autre lieu aise, et maturité, à demander un soleil, même couchant, sur les causes d'une vocation.

Or, voici qu'à cette mise en demeure extraordinaire, tout à l'heure, révoquant les titres d'une fonction notoire, quand s'agissait, plutôt, d'enguirlander l'autel; à ce subit envahissement, comme d'une sorte indéfinissable de défiance (pas même devant mes forces), je réponds par une exagération, certes, et vous en prévenant. – Oui, que la Littérature existe et, si l'on veut, seule, à l'exclusion de tout. Accomplissement, du moins, à qui ne va nom mieux donné.

Un homme peut advenir, en tout oubli – jamais ne sied d'ignorer qu'exprès – de l'encombrement intellectuel chez [301] les contemporains; afin de savoir, selon quelque recours très simple et primitif, par exemple la symphonique équation propre aux saisons, habitude de rayon et de nuée; deux remarques ou trois d'ordre analogue à ces ardeurs, à ces intempéries par où notre passion relève des divers ciels: s'il a, recréé par lui-même, pris soin de conserver de son débarras strictement une piété aux vingt-quatre lettres comme elles se sont, par le miracle de l'infinité, fixées en quelque langue la sienne, puis un sens pour leurs symétries, chatoiement, reflet, jusqu'à une transfiguration en le terme surnaturel, qu'est le vers; il possède, ce civilisé édennique, au-dessus d'autre bien, l'élément de félicités, une doctrine en même temps qu'une contrée. Quand son initiative, ou la force virtuelle des caractères divins lui enseigne de les mettre en œuvre.

Avec l'ingénuité de notre fonds, ce <legs>, l'orthographe, des antiques grimoires, isole, en tant que Littérature, spontanément elle, une façon de noter. Moyen, que plus! principe. Le tour de telle phrase ou le <lac> d'un distique, copiés sur notre conformation, aident l'éclosion, en nous, d'aperçus et de correspondances.





Strictement j'envisage, écartés vos folios d'études, rubriques, parchemin, la lecture comme une pratique désespérée. Ainsi toute industrie a-t-elle failli à la fabrication du bonheur, que l'agencement ne s'en trouve à portée: je connais des instants où quoi que ce soit, au nom d'une disposition secrète ne doit satisfaire.

Autre chose.. ce semble que l'épars frémissement d'une page ne veuille sinon surseoir ou palpite d'impatience, à la possibilité d'autre chose.

Nous savons, captifs d'une formule absolue, que, certes, n'est que ce qui est. Incontinent écarter cependant, sous un prétexte, le leurre, accuserait notre inconséquence, niant le plaisir que nous voulons prendre: car cet au-delà en est l'agent, et le moteur dirais-je si je ne répugnais à opérer, en public, le démontage impie de la fiction et conséquem[302]ment du mécanisme littéraire, pour étaler la pièce principale ou rien. Mais, je vénère comment, par une supercherie, on projette, à quelque élévation défendue et de foudre! le conscient manque chez nous de ce qui là-haut éclate.

A quoi sert cela –

A un jeu.

En vue qu'une attirance supérieure comme d'un vide, nous avons droit, le tirant de nous par de l'ennui à l'égard des choses si elles s'établissaient solides et prépondérantes – éperdument les détache jusqu'à s'en remplir et aussi les douer de resplendissement, à travers l'espace vacant, en des fêtes à volonté et solitaires.

Quant à moi, je ne demande pas moins à l'écriture et vais prouver ce postulat.

La Nature a lieu, on n'y ajoutera pas; que des cités, les voies ferrées et plusieurs inventions formant notre matériel.

Tout l'acte disponible, à jamais et seulement, reste de saisir les rapports, entre temps, rares ou multipliés; d'après quelque état intérieur et que l'on veuille à son gré étendre, simplifier le monde.

A l'égal de créer: la notion d'un objet, échappant, qui fait défaut.

Semblable occupation suffit, comparer les aspects et leur nombre tel qu'il frôle notre négligence: y éveillant, pour décor, l'ambiguïté de quelques figures belles, aux intersections. La totale arabesque, qui les relie, a de vertigineuses sautes en un effroi que reconnue; et d'anxieux accords. Avertissant par tel écart, au lieu de déconcerter, ou que sa similitude avec elle-même, la soustraire en la confondant. Chiffration mélodique tue, de ces motifs qui composent une logique, avec nos fibres. Quelle agonie, aussi, qu'agite la Chimère versant par ses blessures d'or l'évidence de tout l'être pareil, nulle torsion vaincue ne fausse ni ne transgresse l'omniprésente Ligne espacée de tout point à tout autre pour instituer l'Idée: sinon sous le visage humain, mystérieuse, en tant qu'une Harmonie <est> pure.

[303] Surprendre habituellement cela, le marquer, me frappe comme une obligation de qui déchaîna l'Infini; dont le rythme, parmi les touches du clavier verbal, se rend, comme sous l'interrogation d'un doigté, à l'emploi des mots, aptes, quotidiens.

Avec véracité, qu'est-ce, les Lettres, que cette mentale poursuite, menée, en tant que le discours, afin de définir ou de faire, à l'égard de soi-même, preuve que le spectacle répond à une imaginative compréhension, il est vrai, dans l'espoir de s'y mirer.

Je sais que la Musique ou ce qu'on est convenu de nommer ainsi, dans l'acceptation ordinaire, la limitant aux exécutions concertantes avec le secours, des cordes, des cuivres et des bois et cette licence, en outre, qu'elle s'adjoigne la parole, cache une ambition, la même; sauf à n'en rien dire, parce qu'elle ne se confie pas volontiers. Par contre, à ce tracé, il y a une minute, des sinueuses et mobiles variations de l'Idée, que l'écrit revendique de fixer, y eut-il, peut-être, chez quelques-uns de vous, lieu de confronter à telles phrases une réminiscence de l'orchestre; où succède à des rentrées en l'ombre, après un remous soucieux, tout à coup l'éruptif multiple sursautement de la clarté, comme les proches irradiations d'un lever de jour: vain, si le langage, par la retrempe et l'essor purifiants du chant, n'y confère un sens.

Considérez, notre investigation aboutit: un échange peut, ou plutôt il doit, survenir, en retour du triomphal appoint, le verbe, que coûte que coûte ou plaintivement à un moment même bref accepte l'instrumentation, afin de ne demeurer les forces de la vie aveugles à leur splendeur, latentes ou sans issue. Je réclame la restitution, au silence impartial, pour que l'esprit essaie à se rapatrier, de tout – chocs, glissements, les trajectoires illimitées et sûres, tel éclat opulent aussitôt évasif, une inaptitude délicieuse à finir, ce raccourci, ce trait – l'appareil; moins le tumulte des sonorités, transfusibles, encore, en du songe.

[304] Les grands, de magiques écrivains, apportent une persuasion de cette conformité.

Alors, on possède, avec justesse, les moyens réciproques du Mystère – oublions la vieille distinction, entre la Musique et les Lettres, n'étant que le partage, voulu, pour sa rencontre ultérieure, du cas premier: l'une évocatoire de prestiges situés à ce point de l'ouïe et presque de la vision, abstrait, devenu l'entendement; qui, spacieux, accorde au feuillet d'imprimerie une portée égale.

Je pose, à mes risques esthétiquement, cette conclusion (si par quelque grâce, absente, toujours, d'un exposé, je vous amenai à la ratifier, ce serait pour moi l'honneur cherché ce soir): que la Musique et les Lettres sont la face alternative ici élargie vers l'obscur; scintillante là, avec certitude, d'un phénomène, le seul, je l'appelai l'Idée.

L'un des modes incline à l'autre et y disparaissant, ressort avec emprunts: deux fois, se parachève, oscillant, un genre entier. Théâtralement, pour la foule qui assiste, sans conscience, à l'audition de sa grandeur: ou, l'individu requiert la lucidité, du livre explicatif et familier.



Maintenant que je respire dégagé de l'inquiétude, moindre que mon remords pour vous y avoir initiés, celle, en commençant un entretien, de ne pas se trouver certain si le sujet, dont on veut discourir, implique une authenticité, nécessaire à l'acceptation; et que, ce fondement, du moins, vous l'accordâtes, par la solennité de votre sympathie pendant que se hâtaient, avec un cours fatal et quasi impersonnel des divulgations, neuves pour moi ou durables, si on y acquiesce: il me paraît qu'inespérément je vous aperçois en plus d'intimité, selon le vague dissipé. Alors causer comme entre gens, pour qui le charme fut de se réunir, notre dessein, me séduirait; pardon d'un retard à m'y complaire: j'accuse l'ombre sérieuse qui fond, des nuits [305] de votre ville où règne la désuétude de tout excepté de penser, vers cette salle particulièrement sonore au rêve.

Ai-je, quand s'offrait une causerie, disserté, ajoutant cette suite à vos cours des matinées et des après-midi; enfin, fait une leçon? La spécieuse appellation de chef d'école vite décernée par la rumeur à qui s'exerce seul et de ce fait groupe les juvéniles et chers désintéressements, a pu, précédent votre "lecturer", ne sonner faux. Rien pourtant, certes, du tout. Si reclus que médite dans le laboratoire de sa dilection, en mystagogue, j'accepte, un, qui joue sa part sur quelques rêveries à déterminer; la démarche capable de l'en tirer, loyauté, presque devoir, s'impose d'épancher à l'adolescence une ferveur tenue d'aînés; j'affectionne cette habitude: il ne faut, dans mon pays ni au vôtre, convînmes-nous, qu'une lacune se déclare dans la succession du fait littéraire, même un désaccord. Renouer la tradition à des souhaits précurseurs, comme une hantise m'aura valu de me retrouver peu dépaysé, ici; devant cette assemblée de maîtres illustres et d'une jeune élite.

A bon escient, que prendre, pour notre distraction si ce n'est la comédie amusante jusqu'au quiproquo, des malentendus?

Le pire, sans sortir d'ici-même, celui-là fâcheux, je l'indique pour le rejeter, serait que flottât, dans cette atmosphère, quelque déception née de vous, Mesdames et mes vaillantes auditrices. Si vous avez attendu un commentaire murmuré et brillant à votre piano; ou encore me vîtes-vous, peut-être, incompétent sur le cas de volumes, romans, feuilletés par vos loisirs.. A quoi bon: toutes, employant le don d'écrire, à sa source? Je pensais, en chemin de fer, dans ce déplacement, à des chefs-d'œuvre inédits, la correspondance de chaque nuit, emportée par les sacs de poste, comme un chargement de prix, par excellence, derrière la locomotive. Vous en êtes les auteurs <privilégiés>; et je me disais que, pour devenir songeuses, éloquentes ou bonnes aussi selon la plume et y susciter avec tous ses feux une beauté tournée au-dedans, ce vous est superflu de recourir à des considérations abstruses: vous détachez une blancheur de papier, comme luit votre sourire, écrivez, voilà.

[306] La situation, celle du poëte, <rêvé-je> d'énoncer, ne laisse pas de recouvrir quelque difficulté, ou du comique.

Un lamentable seigneur exilant son spectre de ruines lentes à l'ensevelir, en la légende et le mélodrame, c'est lui, dans l'ordre journalier: lui, ce l'est, tout de même, à qui on fait remonter la présentation, en tant qu'explosif, d'un concept trop vierge, à la Société.

Des coupures d'articles un peu chuchotent ma part, oh! pas assez modeste, au scandale que propage un tome, paraît-il, le premier d'un libelle obstiné à <l'abattage> des fronts principaux d'aujourd'hui presque partout; et la fréquence des termes d'idiot et de fou rarement <tempérés> en ceux d'imbécile ou de dément, comme autant de pierres lancées à l'importunité hautaine d'une féodalité d'esprit qui menace <apparemment> l'Europe, ne serait pas de tout point pour déplaire; eu égard à trop de bonne volonté, je n'ose la railler, chez les gens, à s'enthousiasmer en faveur de vacants symptômes: tant, n'importe quoi veut se construire. Le malheur, dans l'espèce, que la science s'en mêle; ou qu'on l'y mêle. Dégénérescence, le titre, <Entartung>, cela vient d'Allemagne, est l'ouvrage, soyons explicite, de M. Nordau: je m'étais interdit, pour garder à des dires une généralité, de nommer personne et ne crois pas avoir, présentement, enfreint mon souci. Ce vulgarisateur a observé un fait. La nature n'engendre le génie immédiat et complet, il répondrait au type de l'homme et ne saurait aucun; mais pratiquement, occultement touche d'un pouce indemne, et presque l'abolit, telle faculté, chez celui, à qui elle propose une munificence contraire: ce sont là des arts pieux ou de maternelles perpétrations conjurant une clairvoyance de critique et de juge exempte non de tendresse. Suivez, que se passe-t–il? Tirant une force de sa privation, croît, vers des intentions plénières, l'infirme élu, qui laisse, certes, après lui, comme un innombrable déchet, ses frères, cas étiquetés par la médecine ou les bulletins d'un suffrage, le vote fini. L'erreur du pamphlétaire en question est d'avoir traité tout comme déchet. Ainsi il ne faut pas que des arcanes subtils de la physiologie, et de la destinée, s'égarent à des mains, grosses pour les manier, de contre-maître [307] excellent ou de probe ajusteur. Lequel s'arrête à mi-but et voyez! pour de la divination en sus, il aurait compris, sur un point, de pauvres et sacrés procédés naturels et n'eût pas fait son livre.

L'injure, opposée, bégaie en des journaux, faute de hardiesse: un soupçon prêt à poindre, pourquoi la réticence? Les engins, dont le bris illumine les parlements d'une lueur sommaire, mais estropient, aussi à faire grand'pitié, des badauds, je m'y intéresserais, en raison de la lueur – sans la brièveté de son enseignement qui permet au législateur d'alléguer une définitive incompréhension; mais j'y récuse l'adjonction de balles à tir et de clous. Tel un avis; et, incriminer de tout dommage ceci uniquement qu'il y ait des écrivains à l'écart tenant, ou pas, pour le vers libre, me captive, surtout par de l'ingéniosité. Près, eux, se réservent, ou loin, comme pour une occasion, ils offensent le fait divers: que dérobent-ils, toujours jettent-ils ainsi du discrédit, moins qu'une bombe, sur ce que de mieux, indisputablement et à grands frais, fournit une capitale comme rédaction courante de ses apothéoses: à condition qu'elle ne le décrète pas dernier mot, ni le premier, relativement à certains éblouissements, aussi, que peut <d'elle-même> tirer la parole. Je souhaiterais qu'on poussât un avis jusqu'à délaisser l'insinuation; proclamant, salutaire, la retraite chaste de plusieurs. Il importe que dans tout concours de la multitude quelque part vers l'intérêt, l'amusement, ou la commodité, de rares amateurs, respectueux du motif commun en <tant> que façon d'y montrer de l'indifférence, instituent par cet air à côté, une minorité; attendu, quelle divergence que creuse le conflit furieux des citoyens, tous, sous l'œil souverain, font une unanimité – d'accord, au moins, que ce à propos de quoi on s'entredévore, compte: or, posé le besoin d'exception, comme de sel! la vraie qui, indéfectiblement, fonctionne, gît dans ce séjour de quelques esprits, je ne sais, à leur éloge, comment les désigner, gratuits, étrangers, peut-être vains – ou littéraires.



[308] Nulle – la tentative d'égayer un ton, plutôt sévère, que prit l'entretien et sa pointe de dogmatisme, par quelque badinage envers l'incohérence dont la rue assaille et juge quiconque, à part le profit, thésaurise les richesses extrêmes ou ne les gâche: est-ce miasme ou que, certains sujets touchés, en persiste la vibration grave? mais il semble que ma pièce d'artifice, allumée par une concession ici inutile, a fait long feu..

Préférablement.

Sans feinte, il me devient loisible de terminer, avec impénitence; gardant un étonnement que leur cas, à tels poëtes, ait été considéré, seulement, sous une équivoque pour y opposer inintelligence double.

Tandis que le premier regard intuitif se <plaît> à discerner la justice, dans une contradiction enjoignant parmi l'ébat, à maîtriser, des gloires en leur recul épouvanté – que l'interprète, par une gageure, ni même en virtuose mais charitablement, aille comme matériaux pour rendre l'illusion, choisir les mots, les aptes mots, de l'école, du logis et du marché. Le vers va s'émouvoir en quelque balancement, terrible et suave, comme l'orchestre, aile tendue; mais avec des serres enracinées à vous. Là-bas, où que ce soit, lui importe de nier l'indicible, qui ment.

Tout humble, mon semblable, dont le verbe occupe les lèvres, peut, avec un moyen médiocre, pas! si consent à se joindre, comme accompagnement, un écho de fête inentendu, communiquer, dans le vocabulaire, que lui livra la langue à toute pompe et à toute lumière; car, pour chacun, sied que la vérité se révèle, comme elle est, magnifique. Contribuable soumis, ensuite, il paie de son assentiment l'impôt conforme au trésor d'une patrie envers ses enfants.

Parce que, péremptoirement – je l'infère de cette célébration de la Poésie, dont nous avons parlé, sans l'invoquer, presqu'une heure, en les attributs de Musique et de Lettres: [309] <appelez-la> Mystère ou, n'est-ce pas? le contexte évolutif de l'Idée – je disais parce que...

Un grand dommage a été causé à l'association terrestre, séculairement, de lui indiquer le mirage brutal, la cité, ses gouvernements, le code, autrement que comme emblèmes ou, quant à notre état, ce que des nécropoles sont au paradis qu'elles évaporent: un terre-plein, presque pas vil. Péage, élections, ce n'est ici-bas, où semble s'en résumer l'application, que se passent, augustement, les formalités édictant un culte populaire, comme représentatives – de la Loi, sise en toute transparence, nudité et merveille.

Minez ces substructions, quand l'<obscurité> en offense la perspective, non – alignez-y des lampions, pour voir: il s'agit que vos pensées exigent du sol un simulacre.

Si, dans l'avenir, en France, ressurgit une religion, ce sera l'amplification à mille joies de l'instinct de ciel en chacun; plutôt qu'une autre menace, réduire ce jet au niveau élémentaire de la politique.

Voter, même pour soi, ne contente pas, en tant qu'expansion d'hymne avec trompettes intimant l'allégresse de n'émettre aucun nom; ni l'émeute, suffisamment, n'enveloppe de la tourmente nécessaire à ruisseler, se confondre, et renaître, héros.


Je m'interromps, d'abord en vue de n'élargir, outre mesure pour une fois, ce sujet où tout se rattache, l'art littéraire: et moi-même inhabile à la plaisanterie, voulant éviter, du moins, le ridicule à votre sens comme au mien (<permettez-moi> de dire cela tout un) qu'il y aurait, Messieurs, à vaticiner.

 

 

 

 

Erstdruck und Druckvorlage

La revue blanche.
Bd. 6, 1894, Nr. 30, April, S. 297-309. [PDF]
URL: http://visualiseur.bnf.fr/ark:/12148/cb344304470/date1894

Gezeichnet: Stéphane Mallarmé.

Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck (Editionsrichtlinien). 16 Druckfehler wurden korrigiert (S. 298, 301, 302, 305, 306, 307, 308, 309).

Zur Druckgeschichte vgl. Mallarmé: Œuvres complètes. Bd. 2. Hrsg. von Bertrand Marchal. Paris 2003 (= Bibliothèque de la Pléiade, 497), S. 1600-1601.

 

 

Mit Änderungen aufgenommen in

 

Kommentierte und kritische Ausgaben

 

Übersetzungen ins Deutsche

 

 

Literatur

Albrecht, Florent: Ut musica poesis. Modèle musical et enjeux poétiques de Baudelaire à Mallarmé (1857-1897). Paris 2012.

Barrot, Olivier / Ory, Pascal: La Revue blanche. Histoire, anthologie, portraits, 1889 – 1903. Paris 2012 (= La petite vermillon, 375).

Bernard, Suzanne: Mallarmé et la musique. Paris 1959.

Biétry, Roland: Les théories poétiques à l'époque symboliste (1883 – 1896). Bern u.a. 1989 (= Publications Universitaires Européennes; Série 13, 152).   –   Reprint Genf 2001.

Bobillot, Jean-Pierre: Y a-t-il une théorie du vers chez Mallarmé? In: Mallarmé et après? Fortunes d'une œuvre. Actes du colloque de Tournon & Valence, 24-27 octobre 1998. Hrsg. von Daniel Bilous. Paris 2006, S. 21-44.

Bonnet, Antoine u.a. (Hrsg.): Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé. Rennes 2016 (= Collection "Æsthetica").

Brandmeyer, Rudolf: Poetiken der Lyrik: Von der Normpoetik zur Autorenpoetik. In: Handbuch Lyrik. Theorie, Analyse, Geschichte. Hrsg. von Dieter Lamping. Stuttgart u.a. 2011, S. 1-14.

Cabral, Maria De Jesus: Mallarmé: Un (dé)placement avantageux dans la sphère symboliste. In: Nineteenth-Century French Studies 38 (2010), S. 228-252.

Combe, Dominique: Mallarmé, "poésie pure" et musique. In: Frontières des genres, migrations, transferts, transgressions. Hrsg. von Merete S. Jensen u.a. Lyon 2005, S. 73-88.

Compagnon, Antoine: La place des Fêtes: Mallarmé et la IIIe République des Lettres. In: Mallarmé ou L'obscurité lumineuse. Hrsg. von Bertrand Marchal u.a. Paris 1999 (= Collection "Savoir: Lettres"), S. 39-86.

Curatolo, Bruno (Hrsg.): Dictionnaire des revues littéraires au XXe siècle. Domaine français. 2 Bde. Paris 2014.
Bd. 2, S. S. 1087-1090: La revue blanche.

Gibson, Robert (Hrsg.): Modern French Poets on Poetry. An Anthology. 2. Aufl. Cambridge u.a. 1979.

Gillespie, Gerald: Mallarmé and Germany. In: Mallarmé in the Twentieth Century. Hrsg. von Robert G. Cohn. Madison 1998, S. 212-220.

Gleize, Jean-Marie (Hrsg.): La poésie. Textes critiques XIVe-XXe siècle. Paris 1995 (= Textes essentiels).

Grilli, Elisa / Stead, Evanghelia: Between Symbolism and Avant-Garde Poetics: La Plume (1889-1905), L'Ermitage (1890-1906); and La Revue blanche (1890-1903). In: The Oxford Critical and Cultural History of Modernist Magazines. Hrsg. von Peter Brooker u.a. Bd. 3: Europe 1880-1940. Oxford 2013, S. 76-100.

Hambly, Peter S.: Mallarmé devant ses contemporains, 1875-1899. Adelaide 2011.
URL: http://www.adelaide.edu.au/press/titles/mallarme/

Höllerer, Walter (Hrsg.): Theorie der modernen Lyrik. Neu herausgegeben von Norbert Miller und Harald Hartung. 2 Bde. Darmstadt 2003.

Hoffmann, Paul: Symbolismus. München 1987 (= Uni-Taschenbücher, 526).

Illouz, Jean-Nicolas: Le Symbolisme. 2. Aufl. Paris 2014 (= Le Livre de Poche, 582).

Jarrety, Michel: Poétique et poésie. In: Association Guillaume Budé (Hrsg.): Actes du XVe Congrès. La poétique, théorie et pratique. XVe Congrès international et quinquennal de l'Association Guillaume Budé, organisé à la Faculté des Lettres, Langues et Sciences Humaines d'Orléans-La Source du 25 août au 28 août 2003. Paris 2008, S. 141-157.

Jenny, Laurent: La fin de l'intériorité. Théorie de l'expression et invention esthétique dans les avant-gardes françaises (1885 – 1935). Paris 2002 (= Collection "Perspectives littéraires").
Vgl. S. 59-69.

Killick, Rachel: Mallarmé's Rooms: The Poets Place in La Musique et les Lettres. In: French Studies 51 (1997), S. 155-168.

Lees, Heath: Mallarmé and Wagner: Music and Poetic Language. Aldershot u.a. 2007.



Mallarmé, Stéphane: L'après-midi d'un faune. Églogve.
Paris: Derenne 1876.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70715c

Mallarmé, Stéphane: Les poésies de Stéphane Mallarmé: photolithographiées du manuscrit définitif [...].
Paris: la Revue indépendante 1887.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k713501

Mallarmé, Stéphane: Album de vers & de prose.
Bruxelles: Librairie Nouvelle; Paris: Librairie Universelle 1887.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k710599

Les poèmes d'Edgar Poe. Traduction de Stéphane Mallarmé.
Bruxelles: Deman 1888.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10567106

Mallarmé, Stéphane: Pages.
Bruxelles: Deman 1891.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71043x

Mallarmé, Stéphane: Vers et prose. Morceaux choisis.
Paris: Perrin 1893.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71060h

Mallarmé, Stéphane: Vers et prose. Morceaux choisis.
Deuxième édition. Paris: Perrin 1893.
URL: https://archive.org/details/versetprosemorce00malluoft

Mallarmé, Stéphane: Oxford, Cambridge. La musique et les lettres.
Paris: Perrin et Cie 1895.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113400g

Mallarmé, Stéphane: Divagations.
Paris: Fasquelle 1897.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626855p
URL: https://archive.org/details/divagations00mall

Mallarmé, Stéphane: Poésies.
Bruxelles: Deman 1899.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626858x

Mallarmé, Stéphane: Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.
Paris: Nouvelle Revue française 1914.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71351c
URL: https://archive.org/details/uncoupdedsjamai00mallgoog


Mallarmé: Œuvres complètes. 2 Bde. Hrsg. von Bertrand Marchal. Paris: Gallimard 1998 u. 2003 (= Bibliothèque de la Pléiade, 65 u. 497).
Bd. 1, S. 1453-1477: Bibliographie.
Bd. 2, S. 1821-1834: Bibliographie.




Marchal, Bertrand: La religion de Mallarmé. Poésie, mythologie et religion. Paris 1988.

Marchal, Bertrand: Poésie et droit de cité. In: Mallarmé 1842-1898. Un destin d'écriture [Exposition, Paris, Musée d'Orsay, 29 septembre 1998-3 janvier 1999]. Hrsg. von Yves Peyré. Paris 1998, S. 37-45.

Marchal, Bertrand (Hrsg.): Mallarmé. Paris 1998 (= Collection "Mémoire de la critique").

Marchal, Bertrand: La Musique et les Lettres de Mallarmé, ou le discours inintelligible. In: Mallarmé ou L'obscurité lumineuse. Hrsg. von Bertrand Marchal u.a. Paris 1999 (= Collection "Savoir: Lettres"), S. 279-294.

Marchal, Bertrand: Le Symbolisme. Paris 2011 (= Collection "Lettres Sup: Esthétique").

Mattiussi, Laurent: La musique sans musique. Mallarmé, Valéry. In: Littérature et musique dans la France contemporaine. Actes du colloques des 20-22 mars 1999 en Sorbonne. Hrsg. von Jean-Louis Backès u.a. Strasbourg 2001, S.  199-207.

Michaud, Guy: Le symbolisme tel qu'en lui-même. Paris 1995.

Millan, Gordon: Les "Mardis" de Stéphane Mallarmé. Mythes et réalités. Saint-Genouph 2008.

Mondor, Henri: Stéphane Mallarmé. Propos sur la poésie. 2. Aufl. Monaco 1953.

Murat, Michel: Le vers libre. Paris 2008 (= Littérature de notre siècle, 36).

Paxton, Norman: The Development of Mallarmé's Prose Style, with the original texts of twenty articles. Genève 1968.

Philippe, Gilles / Piat, Julien (Hrsg.): La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris 2009.
Vgl. bes. S. 235-279.

Pross, Caroline: Dekadenz. Studien zu einer großen Erzählung der frühen Moderne. Göttingen 2013.
Vgl. Kap. 5 (Nordau).

Retté, Adolphe: [Rezension zu:] Mallarmé, La Musique et les Lettres. In: La Plume. Jg. 7, 1895, Nr. 138, 15. Januar, S. 64-65. [PDF]

Rommel, Bettina: Pen, ink, paper and the art-work of the future, or: How Mallarmé did overcome the Gesamtkunstwerk. In: Über Texte. Festschrift für Karl-Ludwig Selig. Hrsg. von Peter-Eckhard Knabe u.a. Tübingen 1997, S. 217-227.

Ruppli, Mireille / Thorel-Cailleteau, Sylvie: Mallarmé. La grammaire & le grimoire. Genève 2005 (= Histoire des idées et critique littéraire, 420).

Sabatier, François: Miroirs de la musique. La musique et ses correspondances avec la littérature et les beaux-arts. Bd. 2: XIXe – XXe siècles. Paris 1995.

Steinmetz, Jean-Luc: Mallarmé. L'absolu au jour le jour. Paris 1998.

Vérilhac, Yoan: La Jeune Critique des petites revues symbolistes. Saint-Étienne 2010 (= Collection "Le XIXe siècle en représentation(s)").

Vibert, Bertrand: La Soeur et la Rivale. Sur Mallarmé, la Musique et les Lettres. In: Poétique Nr. 123 (2000), S. 339-352.

Vogel, Christine: Die Krise des Verses: Paradigma der Sprache und Gesellschaftskritik Mallarmés. In: Krise und Kritik der Sprache. Literatur zwischen Spätmoderne und Postmoderne. Hrsg. von Reinhard Kacianka u.a. Tübingen 2004, S. 87-104.

 

 

Edition
Lyriktheorie » R. Brandmeyer