Charles Vildrac

 

 

Généralités sur la Poésie

 

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Texte zur Theorie und Rezeption des Symbolismus

 

Tout mouvement, d'ordre social ou littéraire, de par sa nécessaire violence et le maximum d'efforts qu'il a réclamés, est suivi d'une période de réaction. Il semblerait qu'on retrouve là le va et vient de la mer montante: Une vague fougueuse ascende la plage au galop, puis se retire; on dirait qu'alors toute la mer recule; mais une autre vague se forme qui revient à la charge et monte plus haut que la première, pour se retirer ensuite moins loin.

Pareillement, lorsque les conceptions des hommes, en marche vers du toujours mieux, ont fait un brusque pas en avant, celui qu'elles font après en arrière est plus court que l'autre et cela est la condition même de leur progrès.

Ne nous effrayons pas des réactions: elles sont les haltes, le repos des générations au long des routes de la vérité, elles leur permettent de prendre l'élan indispensable pour un nouveau bond. Mais que peu favorisés, ceux qui vivent l'heure de réaction, l'heure fade, l'heure essoufflée. Et le triste rôle que celui des réactionnaires!

 

*     *     *    

 

Surtout en littérature, la durée de la réaction paraît subordonnée à celle du mouvement qui précède; ainsi la réaction du long Romantisme fut le long Parnasse que perpétuent encore les vers de M. Armand Praviel.

Aujourd'hui, nous vivons la réaction du Symbolisme; elle sera courte parce que la période combative du Symbolisme fut courte, et encore pour maintes raisons autres.

Elle n'a pas de matière durable; elle est pauvre de poètes, riche de versificateurs.

Le Parnasse, lui, avait profité des legs du Romantisme; la réaction actuelle refuse ceux pourtant si précieux du Symbolisme qu'elle raille et méprise. Tantôt, elle réduit son art, comme l'a dit Adolphe Retté, à [484] prêcher une morale ou à garnir de rimes une leçon de choses, tantôt, elle rénove les Bergeries de Racan ou celles de Rémi Belleau, et dans ses différentes manifestations, on la sent obsédée tour à tour ou simultanément de Virgile, Rousseau, Lamartine, Delille, Hugo, Maurice de Guérin, Jammes, etc. Son apport est un gros optimisme un peu forcé, qu'elle ronronne en une forme aussi plate et impersonnelle que possible. Bien qu'elle ne communique point d'émotion, elle a pris le parti de s'attendrir excessivement sur toutes choses et c'est insupportable. Le jardin potager fait palpiter ses lyres bien fourbies; elle chante les garde-mangers frugaux, les poètes battus des vents dans des paysages de chromos, et les belles filles qui passent le soir pour aller à l'éternelle fontaine. Elle fait l'amour le sourire sur les lèvres, en répétant avec insistance: Ah que la Vie est belle!

Elle observe autour d'elle, pas trop loin, découvre que les blés sont roux, les villes bruyantes, les lèvres rouges, fait rimer treille avec vermeille, soir avec asseoir, et sa conclusion est celle de Pangloss; ses poètes sont des villageois propriétaires qui viennent à Paris chanter leurs plates bandes natales; ils ont des pantoufles chaudes, des cousines qui ressemblent à Charlotte et le suffrage des Annales politiques et littéraires.

La réaction fait très peu de cas de Verlaine. Elle se voile la face au nom de Rimbaud. Elle dénonce impitoyablement par le hi-han de ses Dorchains, l'influence du Symbolisme chaque fois qu'elle la rencontre; cependant elle-même est plus qu'influencée: elle produit et surproduit de véritables pastiches, et quand cela est peu apparent, c'est parce que ses modèles sont décolorés ou rancis.

Les grosses revues-douairières où l'on publie par tradition une poésie dans chaque numéro, entre une relation de voyage et une chronique d'économie politique, lui ont ouvert leurs portes, car elle est inoffensive et convenable. Les vieillards que le Symbolisme malmena et indigna, accueillent cette enfant déférente et bien sage. Elle triomphe enfin dans les magazines qui la portraiturent et la prônent à tant la ligne en la personne immodeste de cette Madame au Visage émerveillé.

Mais encore elle sera courte, cette réaction, parce qu'elle n'est point seule à occuper l'actuelle phase poétique: Beaucoup d'hommes d'hier sont encore des hommes d'aujourd'hui; et si parfois leur première manière s'est modifiée, ils n'en produisent pas moins des œuvres.

Enfin toute la génération nouvelle n'y est point mêlée, et loin de là. Il y a hors d'elle et de ses tapages insolents beaucoup de poètes à peine groupés ou tout-à-fait individualistes, qui par des routes différentes, mais parallèles, continuent la marche en avant et préparent le mouvement de demain.

[485] Ce mouvement de demain se dessine nettement.

Il faut bien dire que le Symbolisme fut incomplètement propulseur; son apport intéresse la forme presque seule, il se résume à une manière d'art poétique (1), assise précieuse constituant déjà la moitié de l'édifice, et permettant de réaliser l'autre moitié adéquate.

Cette autre moitié, ce complément, indiqué déjà par quelques uns de nos ainés, c'est le mouvement qui vient: Il résidera dans le fond, nécessairement, et commandera l'évolution totale.

Il comportera une poésie que je n'ai point la prétention de définir en ces lignes de généralités, mais je puis dire au moins qu'elle sera émue de pensée. Elle sera métaphysique. Elle désignera le mieux. Elle clamera le vrai – et par là le non Dieu – et toutes les émotions de la matière. Elle adaptera les images, les rythmes, les musiques verbales, (apports des aînés immédiats) aux problèmes du Savoir et du Devenir.

Et je ne prophétise rien; à côté des inanités de la réaction, le mouvement jeune s'ébauche; sans nulle discipline de groupe, il se trouve, et cela est un prodrome certain, que des poètes vont au même but. Pour s'en rendre compte, qu'on lise, entre autres, les vers de René Arcos, Théo Varlet, Eshmer Valdor, Georges Duhamel, Jules Romains, et ceux récents de Georges Périn; on verra en même temps qu'il a déjà, ce mouvement, une valeur indéniable. Il éclipsera, dans un avenir restreint, espérons le, les rimeurs facilement et vainement prolifiques du moment, qui s'en consoleront avec les prix d'Académie.

 

 

[Fußnote, S. 485]

(1) René Ghil. Ecrits pour l'Art, mars 1905: Le poète philosophe   zurück

 

 

 

 

Erstdruck und Druckvorlage

Revue littéraire de Paris et de Champagne.
1906, Nr. 38-39, Mai-Juni, S. 483-485.
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328604173/date1906

Gezeichnet: Charles Vildrac.

Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck (Editionsrichtlinien).

 

 

Literatur

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Vildrac, Charles: Poèmes. 1905. Lille: Éditions du Beffroi 1906.
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Vildrac, Charles: Images & Mirages. Paris: "l'Abbaye" 1908.
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